dimanche 19 septembre 2010

Ultra Canal NB édition zéro synonyme de réussite.

Un parcours mythique, emblématique, trait d'union de la "Bretagne historique" avec la Loire-Atlantique. 350 kms de voie longeant l'eau et un contournement du lac de Guerlédan par la voie verte.

Deux régions, cinq départements et plus de cent communes, voila le programme. Accompagnateur vélo obligatoire et le tout en une seule étape. Six points de ravitaillement dont trois bases de vie: Chateauneuf du Faou (29), Glomel et Mur de Bretagne (22), Rohan et Malestroit (56), Guenrouët (44).



Edition zéro mais pas pour les nuls. Cinq concurrents seulement osent le défi:
Trois coureurs à pied, Lionel Colombani du Doubs et ses deux assistants permanents (après avoir déja aiguisé leur complicité sur l'intégrale de Riquet le long du canal du midi), Didier Lorant accompagné de Stéphane Streiff amputé d'un bras. Cette équipe coure pour l'association Gabrielle Deshays de Brech dans le Morbihan. Association oeuvrant pour l'aide aux handicapés sensoriels et Paskal Le Nagard de Mur de Bretagne.
Une équipe en Run and Bike Samuel Henriat et Christophe Huet de la Région de Pontivy.
Une trotinette montée par Bernard Deniaud, organisateur de la Krapados Deiz, trail hivernal de 67 kms dans le marais de la Grande Brière, accompagné de Nadine qui alternera vélo et voiture.


L'équipe est restreinte à la mesure de l'organisation. Un suivi par balise de géolocalisation GéoFP,emportée par chaque concurrent nous permet de les suivre en direct. Le parcours est entièrement balisé par de la rubalise et un fléchage au sol. Les concurrents disposent également d'un road-book détaillant l'intégralité des quelques 347 kms 800.


Port Launay - Chateauneuf du Faou 47,4 kms:




Vendredi 06 aout 2010 9h30. Briefing et présentation de l'épreuve à la presse. 9h55 départ!

A la sortie de Chateaulin, quatre minutes séparent déjà la trotinette et le coureur de Besançon.
La première traversée de route ne se fera qu'après 25 kms. Gateaux, verres d'eau ou boisson hydrénergie, remplissage des bidons et c'est reparti. Dejà plus d'une heure entre Bernard en trotinette à une moyenne de 13,5 kms et le cinquième concurrent.


Chateauneuf du Faou - Glomel 48,7 kms. 96,4 cumulés:



Nous saluons Christophe Malardé présent au point de ravitaillement venu courir ce deuxième tronçon avec Paskal Le Nagard.
A Port-Carhaix, le petit ravito sur une table de pique nique annonce l'entame de la nuit pour certain, alors que d'autres sont déjà à Glomel.
A l'arrivée sur Glomel le relief impressionne par sa suite d'écluses. C'est le premier bief de partage des eaux. Première base de vie, première douche et premiers doutes aussi. Déjà un abandon, celui de Paskal Le Nagard.
Gros ravito et dodo pour une partie de la troupe.





Glomel-Mur de Bretagne 43,3 kms 139,7 cumulés:



Pause ultra courte pour Bernard Deniaud à Mur. Il repart avec son équipement de nuit et son ampli sono installé à son guidon.
Notre duo de runners bikers parait très préparé à ce type d'éffort et leur complicité semble avoir déjà été éprouvée. Calmes, sereins, ils s'alimentent correctement, font des pauses assez longues, mais nous verrons sur la fin que cela va payer. Vélo et carrioles repartent donc pour un arrêt prévu à Mur de Bretagne ou ils feront un somme.Ils seront d'ailleurs les seules à pouvoir contempler le spéctacle son et lumière de l'abbaye de bon repos. 2h30 du matin, Samuel et Christophe arrivent après le contournement du lac de Guerlédan.




Mur de Bretagne - Rohan 46,9 kms 186,6 cumulés. Ca commence à compter:


Superbe site à Rohan pour cette deuxième base de vie. On sent déjà une lourde fatigue chez les premiers, ils sont passés à mi-parcours.
Nos deux runners-bikers ne se reposent pas vraiment. Ils ont décidé de rallier Malestroit, cinquième point de ravitaillement, pour une nuit réparatrice avant de boucler l'ensemble pour dimanche soir.
L'équipe Colombani arrivera en fin d'après-midi à Rohan. Après une collation que nous partagerons avec eux, soupe asiatique et coquillette, saucisson, vache qui rit... Ils font le choix de passer une nuit de six heures. Un vrai luxe sur ce type d'épreuve. Cinq heures du matin, départ très frisquet et brumeux. Les abords du canal ont un vrai coté celtique!
Le tronçon Rohan - Malestroit s'avère véritablement être le basculement de l'épreuve, on passe la barre des deux cent kilomètres. Les hommes craquent, le mental est dans le dure. Jamais aucun d'eux n'a dépassé les deux cent quarante kilomètres non stop.



Malestroit - Guenrouët 60,1 kms 296,5 cumulés:


A Malestroit, couchage à l'écluse pour notre run and bike; une petite douche s'impose. Ils repartent à la fraîche, la foulée de Christophe moins légère mais la tête est là. Optimistes et confiants, ils pousseront jusqu'au bout ce soir.
Bernard est déjà arrivé. Il boucle en trotinette les trois cent quarante sept kilomètres huit cent en tout juste quarante heures. Arrivé à deux heures du matin le dimanche avec plus de cent kilomètres d'avance sur ses premiers poursuivants. Pas la même catégorie certes mais pas moins impressionnant, quatre heures de sommeil sur l'ensemble!!!
Didier et Stéphane repartent également confiants après une douche à Malestroit mais ils savent maintenant que la gestion du sommeil devient capitale.


Nous rejoignons Redon, traversée urbaine pas évidente. Christophe arrive en courant, Samuel suivant en vélo. C'est l'étape la plus longue avec ses soixante et un kilomètres. Christophe est en super forme, le cap le plus difficile semble être passé. Une poche de froid sur la tendinite du tendon d'Achille de Samuel et c'est reparti.


A Guenrouët dernier ravito. Les journalistes de France 3 nous attendent. Petite interview et reportage qui nous vaudra un "deux minutes" au journal du soir. Chouette!


Lionel Colombani peine à rejoindre Malestroit, il décide d'aller aux urgences de l'hopital de Ploërmel pour un problème à un mollet.Il reprendra la course pour rejoindre Redon et ensuite Genrouët pour une nuit réparatrice.



Guenrouët - Nort sur Erdre écluse de Quiheix ARRIVEE. 51,3 kms 347,8 kms cumulés


Samuel et Christophe bouclent les trois cent quarante sept kms huits cent en cinquante sept heures et rejoigent Quiheix à dix huit heures le dimanche soir. L'exploit est réel, sans doute le plus long run and bike de France.


Didier et Stéphane décident de faire une petite sieste à Guenrouët. Ils repartent à vingt et une heures espérant rejoindre la dernière écluse vers cinq ou six heures du matin mais une dernière sieste s'avérera necessaire à dix kilomètres de l'arrivée. Ils franchissent la ligne finale à neuf heures douze le lundi matin. Didier en marchant, Stéphane à ses coté roulant sur le vélo de son seul bras valide, l'émotion est palpable, ils viennent de boucler la plus longue course de leur vie.


Lionel Colombani arrive à Guenrouët dans la nuit de lundi vers deux heures du matin, il décide d'abandonner à soixante kilomètres de l'arrivée. Mais au lever à six heures, Lionel prend mon vélo. Il veut boucler le parcours "je ne suis pas venus de Besançon pour ne pas voir le bout"!


Presque comme un rêve au fil de l'eau, oublié du monde civilisé pendant quatre jours, nous étions immérgés dans cette ambiance, une aventure véritablement unique. L'esprit Canal existe vraiment et nous tenterons l'année prochaine une réelle première édition.



Texte Philippe Guillôme
Crédit photo Franck Denaene


Finisher's:
- Bernard Deniaud et sa trotinette en 40 heures.



- Samuel Henriat et Christophe Huet Run and Bike en 56 h 48


- Didier Lorant accompagnateur Stéphane Streiff course à pied en 71h10.



Impression de coureurs:


"super aventure car c'est vraiment une première expérience sur une telle distance. C'est une épreuve très forte humainement, l'association coureur/cycliste accompagnateur est primordiale et il faut absolument s'ètre préparé dans des conditions de course (halage, nuit, pluie, bagages, ...). Ma femme Christiane et notre amie Nathalie ont été parfaites dans l'assistance et avec Stéphane nous sommes maintenant comme des frères.
L'originalité du parcours, les paysages, les rencontres font de cette course ma plus belle épreuve sportive après ma victoire aux 24h00 de Ploeren en 2008. L'organisation était très proche de nous et le but était surtout de finir. Partir tranquille, alterner course et marche mais aussi gérer le sommeil car il est difficile de dormir vraiment.


Didier Lorant.


Rien à dire, c'est une expérience exceptionnelle dans un cadre super chouette. Des organisateurs aux petits soins pour les concurrents et je peux vous dire que être là pour cinq personnes sur un trajet de trois cent cinquantes kms ce n'est pas une mince affaire d'organisation. J'ai déjà participé pour ma part à d'autres courses longue distance, je les ai toutes terminées. A l'Ultra Canal NB je me suis arrété au 290éme km pour cause d'inféction.
Mais j'ai été tellement heureux sur cette course que je n'ai pas ressenti une once de déception. Au contraire, mes amis accompagnateurs, leur famille et moi-même seront présent l'année prochaine c'est certain!


Lionel Colombani.