2ème étape, le bonheur est aussi dans les dunes...
3ème étape, la forêt dans les Landes de gascogne.
L'essentiel n'est pas au bout du chemin, l'essentiel est le chemin...



07 juin 2008, 13h49, je franchis la ligne d'arrivée à Vieux Boucau, les yeux remplis de larmes. Larmes de joie, larmes d'émotions et de souffrance... Lucas dans mes bras.Mercredi 4 juin, étape longue Le Lion / cap Ferret: 58 km 217 , dénivelé: 309 m. Temps limité à 12 h 16.
La nuit a été difficile comme les précédentes. Mes pieds abîmés ont anormalement gonflés. L'ampoule sous la voûte plantaire gauche à l'air vraiment moche. Mes cuisses enflent, des oedèmes apparaissent.
Je décide de continuer. Pour cela deux choses, courir sans semelles, la belle affaire. Me voila maintenant sans soutien podologique, mais au moins, mes pieds ne sont pas comprimés. La deuxième, "laisser le cerveau dans la tente", ce qui techniquement n'est pas très facile...
Je considère que cette étape ne commençera qu'à mi parcours. C'est à dire que je vais gérer jusqu'au deuxième ravitaillement, après je verrais.
Dès le départ je me sens euphorique. L'absence des semelles a décomprimé mes pieds, quel soulagement! j'alterne à la sensation course et marche. Je cours dès que mes jambes le décident. J'ai l'agréable impression de ne plus avoir à réfléchir à cela.
Les kilomètres défilent. Le paysage est magnifique. Je suis souvent seul, quelquefois accompagné. Tous cela se fait naturellement. J'atteins le premier ravitaillement après 17,600 km.
Les Loulous, couple de bénévoles charmant. Lui kiné, elle podologue, m'accueillent par un "Salut la Bretagne!" En plus des soins apportés aux coureurs, chaque jour plus nombreux à en avoir besoin, ils sont comme l'ensemble du staff, présent sur la piste.
Virginie, également podologue est présente au ravitaillement. Elle me demande comment vont mes pieds. Je lui réponds que tout va bien. En fait, c'est pas terrible, d'autant que je commence à souffrir du genou droit. J'aviserai ce soir au bivouac.
Contrôles, réconfort, ravitaillements, soins, intendance, l'ensemble du staff sera toujours présent pour nous servir au mieux.
Cette étape se termine par 12 km de plage interminable. Je souffre maintenant de la chaleur et suis inquiet pour mes cuisses. Les coups de soleil commencent à ressembler à des brûlures.
Je mets 9 h 00 pour rejoindre l'arrivée. 113éme au classement général! quelle bonne surprise.
Demain, journée de repos avant le départ de l'étape de nuit. Ce soir, soins intensifs des pieds. Virginie fera des miracles pour que je puisse prendre le départ de la 4éme étape.
Jeudi 5 juin. Arcachon / La Salie. Étape de nuit 37 km 075 m. D+ 708 m. Temps limite 7 h 27
Départ à 20h30, ayant préalablement traversée en bateau du bassin d'Arcachon. Je n'ai plus de pieds. Je sers les dents et en avant. Après 12 km de course à travers la forêt d'Archachon, nous atteignons le bas de la dune du Pyla.
Ascension très difficile dans le sable mou ou nous devons nous hisser, mètre après mètre à la force des jambes et des bras, pour ne pas redescendre de plusieurs mètres chèrement gagné. L'arrivée au sommet, 107 mètres plus haut est grandiose. Le couché de soleil sur le bassin d'Arcachon et sur le cap Ferret me plonge dans mes pensées. Je sens l'émotion m'étreindre. Les larmes montent une nouvelle fois. Que cette course est belle. Merci Gérard, merci Caroline. Isabelle et Lucas, je vous rejoints par le plus beau des chemins. Celui du simple bonheur d'être en vie. Celui de la liberté, de la nature et du sublime.
Malgré ces instants de bonheur intenses, le reste du parcours sera pour moi un enfer. Depuis le départ je cours avec Pascale Ménard. Ressentant des nausées, j'essaye de m'alimenter, impossible. Il faut que je boive, je ne peux rien avaler. Je dis alors à Pascale de continuer sans moi, ont se rejoindra bien plus loin!
Je me sens fiévreux. Je grelotte et suis sujet à des hallucinations. Nous avons quitté la dune, puis la plage. La piste serpente maintenant dans la forêt. Les arbres bougent autour de moi. Mes pieds heurtent les racines ou les pierres. C'est un véritable supplice. Je ne suis plus lucide. Sue et Anne, me doublent en marchant. Je les suivrais quelques kilomètres jusqu'à ce qu'elles poursuivent leur chemin. Je n'ai méme pas la force de les suivre à la marche. Je suis à l'agonie. Il faut continuer. Cette Trans Aq', j'en rêve depuis trois ans. Et puis Isabelle et Lucas m'attendent à Vieux Boucau. Et puis tant de choses...
Je mettrais 7 h 03 mn pour rallier l'arrivée. Je suis au bivouac à 3 heures 45 du matin et m'éffondre presque dans les bras de Christine (la Louloute). Elle m'accompagne à ma tente. Je n'en peux plus. Il faut que je me fasse à manger. Il le faut. C'est impératif si je veux avoir encore quelques chances de prendre le prochain départ.
J'ai avalé la moitié d'un plat lyophilisé. Je n'ai pas vomi, ça s'améliore! je suis fiévreux. Mes pieds ne sont plus que plaies malodorantes et très douloureuses. Je me couche tout habillé, seule mes chaussures sont délassées. Je n'ose pas les enlever de peur que la peau des pieds parte avec.
Vendredi 5 juin, 5éme et avant dernière étape. Mimizan / St. Girons; 36 km 250 D + 337 m. Temps limite: 7 h 25
Cela fait 3 heures que je suis dans la tente. Je me lève sans avoir trouvé le sommeil. C'est une catastrophe. Je ne tiens plus sur mes pieds. J'ai trop mal. Je reste assis et lasse mes chaussures le plus fort possible. C'est un peu mieux; mon genou droit a doublé de volume. Mes cuisses ne sont que brûlures. Je suis desespéré.
Philippe Leleu qui partage ma tente, me sentant mal me rejoint. Je craque dans ses bras.
-" Merde, c'est trop C.., je ne tiens plus debout, j'ai les boules" instants très dur ou le doute m'envahit pour la première fois de la course. Je ne veux pas arréter là. Il faut que j'aille au bout.
Puis, Philippe, avec toute sa gentillesse, me soutien, me réconforte. Il faut que j'analyse ce qui m'arrive. Certes, mes pieds son meurtris, mais ce n'est pas nouveau. Mon genou douloureux, mais rien de grave. Mes cuisses sont brûlées, j'ai de la fièvre. Mais oui, avec la fièvre de cette nuit je n'ai pas pus me ravitailler convenablement, je suis fatigué, en hypoglycémie, certainement légèrement déshydraté et un peu brûlé!
OK Francky, tu laisse pour une deuxième fois le cerveau au bivouac et tu prends le départ.
En grande partie grâce à Philippe, j'ai réussi à puiser au plus profond de moi-méme et trouver la force de continuer. Néanmois, je souffre.
En chemin je me raccroche à un petit groupe. Ce sera plus facile pour moi en cas de coup dur. Celà fait quelques kilomètres que nous courrons, Dominique, un autre équipier du team Accourir.fr / RSO et René, le doyen de la course, quand soudain celui-ci nous dit:
-"C'est fini pour moi, je n'en peu plus, j'abandonne!"
Non René, ce n'est pas possible. Donne moi ton sac, je vais le porter. Ce qu'il refuse avec fermeté, afin de ne pas me surcharger. Les mètres défilent, et puis à nouveau, René veut nous quitter, tout arrèter là. Ce n'est pas possible, demain l'arrivée, le plus dur est derrière nous. A ce rythme, nous nous retrouvons les derniers. Ce n'est pas grave, il faut continuer...
Malheureusement, René n'y croit plus. Il a été victime hier, lors de l'étape de nuit d'une lourde chute qui lui a entamé le moral et fait mal à l'organisme.
Encore quelques mètres et René s'arrête, définitivement. Nous le laissons à contre coeur, monter dans la voiture balai. Il nous double, nous pleurons. Le 4 X 4 stop à nouveau, René en descend sans son sac, vient vers nous les yeux embués de chagrin, nous serres Dominique et moi dans ses bras. René, je vais terminer cette Trans Aq'. Je vais emmener un petit bout de toi à l'arrivée. Qu'il est difficile de laisser sur le chemin un compagnon de route.
Trans Aq', mot magique, course magnifique, ou le sublime et le désarroi se croisent sans crier gare. Trans Aq', épreuve emplie d'émotion, ou d'un claquement de doigt, nous passons de l'euphorie au désespoir... René, cette étape, je te l'ai dédiée comme j'en suis certain, bon nombre de coureur.
6h 55 pour franchir la ligne d'arrivée.
Samedi 7 juin 6 éme et dernière étape. 20km 323 m. D + 50 m. Temps limite 3 h 43.
Que dire de ces 20 derniers kilomètres? Que dire de cette plage battue par l'océan? De ces instants ou je repensais à cette semaine magique. Quelques heures pour refaire la course...
Je suis seule sur la plage. Je marche à 9 km/h!!! je survole le sable. De temps en temps, j'entends des applaudissements de personnes sur la plage. L'une me demande en tentant de me suivre quelques mètres:
-" vous allez ou comme ça?"
-"à vieux Boucau"
-"et vous venez d'ou?"
-"de Naujac sur Mer"
-"HOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"
Tiens, j'entends chanter le loup! je suis euphorique. Je pense à Gérard qui, hier soir lors du bivouac, nous dit:
-"et puis vous apercevrez l'arche, et là, préparez les mouchoirs..."
Et bien, je ne vois toujours pas l'arche et pour cause, je suis seulement au courant d'Huchet, et pourtant j'ai déjà les yeux humides. Je pleure de joie, de bonheur. Je suis heureux d'étre là. Fière de faire enfin parti de la famille 'Trans Aq'". Je me sens différent. Non pas que je me sente supérieur, non. Je me sens fière d'avoir été au bout de mon réve. Fière d'avoir partagé ces instants avec des personnes d'excéption. Fière d'avoir vécu sans le superflus. Fière de rentrer à la maison avec de nouveau amis. Tout simplement heureux...
Trois cent mètres et l'arche d'arrivée. Philippe est là. Je suis heureux et je l'embrasse. Merci à toi Philippe, merci du fond du coeur.
Il m'adresse un sourire et me dit:
-"regarde devant toi, quelqu'un t'attends" Je vois alors Isabelle et Lucas. Petit homme de 2 ans. Il court vers moi les bras ouvert. Papa!, papa!
Que d'émotions. J'embrasse tendrement Isabelle et Lucas. Je franchi l'arche avec mon fils dans les bras sous les applaudissements de toutes les personnes présentes, Gérard, Caroline, coureurs, staff, accompagnateurs, ...
J'ai couru la Trans Aq' en 36 h 24 mn et fini à la 148 éme place au classement générale.
Un grand merci aux organisateurs et à l'ensemble du staff. A toutes celles et ceux que j'eu la chance de rencontrer sur cette course, à mes amis (es) de la fleur "le pin sec", à mon partenaire AGIS, au magazin endurance shop de Nantes, et un remerciement tout particulier à Isabelle et à Lucas.
Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve. Par contre ce que je sais, c'est que je ferai tout pour être à nouveau présent sur les pistes d'Aquitaine en 2009.
Franck*